Résidence La Palme d'Azur, quartier de la Verrerie à Cannes La Bocca

Histoire du quartier

L'histoire de la Verrerie de Cannes La Bocca

Cannes La Bocca · Quarante ans de manufacture de verre

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À l'ouest de Cannes, entre la voie ferrée et la mer, un quartier porte un nom d'usine. Pendant quarante ans, du Second Empire à la toute fin du XIXᵉ siècle, une manufacture de verre a fait vivre ici des dizaines de familles et fait naître un faubourg entier. Cette page rassemble ce que les archives permettent d'établir — avec, pour chaque fait, sa source.

Le nom

Pourquoi ce quartier s'appelle-t-il la Verrerie ?

Le quartier de la Verrerie, à Cannes La Bocca, doit son nom à une manufacture de verre qui a réellement existé. Fondée par Joseph Barthélémy, verrier provençal né à Saint-Zacharie (Var), elle allume ses premiers fours en 1858, sur des terrains acquis en 1857 au lieu-dit la Roubine, d'après les Archives municipales de Cannes. Pendant quarante ans, une cinquantaine d'ouvriers y soufflent bonbonnes, bouteilles et flacons destinés notamment aux parfumeries de Grasse — jusqu'à 500 pièces par jour. Autour des fours naissent une cité ouvrière, une église, des écoles : le noyau du quartier moderne de La Bocca. Les fours s'éteignent définitivement en 1898-1899 ; les bâtiments, longtemps reconvertis en entrepôts, sont rasés au milieu des années 1980 pour laisser place à un ensemble résidentiel. Le nom, lui, demeure : une rue, une médiathèque municipale et tout un secteur de La Bocca s'appellent toujours la Verrerie.

L'usine

La manufacture

La fondation : une famille de verriers venue du Var

L'histoire commence loin de Cannes, au pied de la Sainte-Baume. En 1811, Louis Barthélémy, propriétaire de forêts qui peine à écouler son bois, se tourne vers le métier de verrier — celui de la famille de son épouse — et crée une première verrerie à Saint-Zacharie, dans le Var, pour brûler ses pins sur place. Comme la plupart des verreries provençales du XIXᵉ siècle, l'entreprise est itinérante : elle suit le combustible. On retrouve les Barthélémy à Saint-Zacharie, à Marseille, au Luc, à Tanneron, puis à La Napoule à partir de 1840.

Le dernier déménagement se prépare dans les années 1850 : les Archives municipales conservent une délibération de 1849 sur une vente de terrains à M. Barthélémy, puis une lettre du sous-préfet évoquant, dès 1854, le transfert de la verrerie de La Napoule à la Roubine, dans l'actuelle Bocca. En 1857, Joseph Barthélémy — fils de Louis, né en 1804 à Saint-Zacharie — arrête son choix. Selon l'inventaire du fonds Louis Jourdan, aux Archives départementales des Alpes-Maritimes, deux emplacements s'offraient à lui sur cette côte couverte de pinèdes : à l'est, vers l'actuel Palais des Festivals et la pointe Croisette ; à l'ouest, entre l'actuelle gare de marchandises et le « château » de La Bocca. Il choisit l'ouest. Les auteurs de l'inventaire le notent joliment : l'histoire de Cannes en eût été changée si le choix avait été inverse.

Selon l'Association des Vieilles Familles Boccassiennes, il acquiert pour 3 600 francs un terrain au quartier de la Roubine et y fait édifier trois bâtiments et une maison d'habitation ; les Archives municipales situent l'usine et sa haute cheminée tout près de l'église actuelle, sur des terrains liés à la famille Négrin. Le quartier n'est alors presque rien : quelques maisons isolées et une poudrière. Les premiers ouvriers logent dans des cabanes en bois, avant qu'une cité ouvrière ne soit aménagée. En 1858, la verrerie de La Bocca allume ses premiers feux.

La production et les ouvriers

Le site est bien choisi. À l'est, la seule concurrence est une fabrique artisanale à Nice ; à l'ouest, Marseille est à 200 kilomètres : la verrerie Barthélémy se trouve en situation de quasi-monopole sur son territoire. La matière première est sur place — le sable des dunes, notamment celui de la plage dite Pierre-Longue, sert à fondre un verre bon marché employé pour les « bouteilles noires » ; une délibération municipale de 1872 autorise même l'extraction de sable à la pointe de la Croisette.

Ce que produit l'usine, on le connaît avec une précision rare grâce aux tarifs commerciaux conservés dans le fonds Louis Jourdan : estagnons clissés ou rempaillés, bonbonnes de 25 à 70 litres, « tonneaux belges » emballés dans un panier d'osier noir, bouteilles de verre blanc, vert et noir pour les vins, les bières et les limonades. Et surtout des flacons pour les parfumeries de Grasse, dont les noms de modèles composent un inventaire savoureux : l'Anglais, l'Américain, le Parisien, l'Oriental, le Vénitien, le Quatre-Nations, le Renaissance, le Victoria, le flacon à boule, le Conique, la Sacoche, la Cantine — déclinés en plusieurs teintes de verre.

La verrerie emploie une cinquantaine d'ouvriers dès son ouverture et fait vivre autant de familles — sans compter forestiers, charretiers et vanniers qui gravitent autour d'elle, selon les Archives municipales. Les fours ne s'arrêtent jamais et la production monte jusqu'à 500 objets par jour. La nuit, raconte la même source, les Boccassiens viennent admirer le spectacle des verriers maniant la canne et faisant gonfler les flacons. L'entreprise a sa vannerie intégrée, créée pour habiller bonbonnes et estagnons ; des artisans vanniers — Louis Depétris, Jean Grosso, Anna Cauvin — s'installent dans le quartier, et une fabrique de bouchons, la maison Nicolas, voit le jour à Mandelieu. Joseph Barthélémy participe aussi à l'implantation de trois parfumeries à La Bocca même : Jeancard, Rallet et Lubin Varaldi. Le fonds d'archives de l'usine mentionne encore des contrats d'apprentissage et une « école de la verrerie » — signe d'une main-d'œuvre qu'on forme sur place.

L'affaire prospère. En 1864, Joseph Barthélémy agrandit son domaine en achetant de nouveaux terrains à Jean Honoré Bertrand, de Pégomas, pour 1 400 francs ; la décennie 1865-1875 est la plus faste. Mais le fondateur meurt le 25 mars 1867, à 63 ans, sans fils — à l'époque, l'absence de descendance mâle empêche la transmission directe. Ce sont ses petits-fils, Paul et Louis Négrin, enfants de sa fille Élisabeth et de son gendre Antoine Négrin, qui reprennent l'activité en 1869. Sous leur direction, l'usine se modernise : les fours à bois sont remplacés par des fours à gaz en 1873, Paul Négrin devient directeur en 1875, et un embranchement ferroviaire particulier — le « port sec » — raccorde l'usine à la grande ligne du littoral au milieu des années 1870.

La fermeture

La modernisation ne suffit pas. Le chemin de fer, qui a permis d'expédier la production, apporte aussi la concurrence des grandes verreries industrielles de la Loire et du Gard, installées près des mines de charbon et capables d'écouler leurs produits partout à bas prix. Excentrée aux confins du pays, la verrerie de La Bocca décline : elle tourne au ralenti dès 1891, le chômage s'y installe en 1896 et la situation devient critique. En 1897, Louis Négrin arrête la production de verre « pour cause de réparation » — en réalité, il négocie déjà le transfert de la patente à la maison Mondot & Cie, par une convention signée le 1ᵉʳ mars 1897. L'année suivante, une grève éclate dans l'atelier de vannerie, bientôt suivie par celle des verriers ; les dossiers de ces conflits sont conservés dans le fonds de l'entreprise.

La fin est alors affaire de mois. Les Archives municipales de Cannes retiennent la date du 30 juillet 1898 pour l'extinction des fours ; l'inventaire du fonds Louis Jourdan, aux Archives départementales, situe l'extinction définitive des feux en 1899. Après quarante ans d'activité, la verrerie ne rallumera plus ses fours.

Le faubourg

Du site industriel au quartier

La Bocca, pourtant, ne meurt pas avec son usine — parce que l'usine avait déjà fait naître un quartier. Autour de la verrerie, on avait tracé des rues, ouvert des échoppes, des cafés et des ferronneries, construit une église et des écoles. Une bienfaitrice marque cette époque : Mme Marco del Ponte achète à la famille un terrain pour y bâtir l'église placée sous le patronage de sainte Marguerite, sa patronne, et ouvre une école primaire confiée aux Sœurs de la Providence de Gap, le long de la rue Barthélémy. L'église Sainte-Marguerite est toujours l'église du quartier.

Le chemin de fer a accompagné tout ce développement : la gare de Cannes-la-Bocca ouvre en 1863 sur la grande ligne du littoral, et la ligne Cannes–La Bocca–Grasse est inaugurée le 13 novembre 1871 — quatre trains quotidiens dans chaque sens, qui font en 35 minutes le trajet que les charretiers mettaient une journée à accomplir. Autour de la verrerie s'étaient installées des tuileries, des tonnelleries, des laiteries, des fabriques de pâtes, puis les abattoirs, transférés au cœur du quartier.

Après la fermeture, les bâtiments entament une seconde vie : la société fondée par Louis puis Paul Négrin, restée propriétaire, les loue comme entrepôts à des négociants qui profitent du « port sec » ferroviaire — une activité poursuivie par Louis Jourdan, neveu des Négrin, jusqu'à la fin des années 1950. La haute cheminée, elle, est abattue dès 1921. Le quartier, pendant ce temps, change d'échelle : 664 habitants en 1906, 1 200 en 1912, 5 549 au recensement de 1936. Après la Seconde Guerre mondiale, la reconstruction fait entrer La Bocca dans l'ère des grands ensembles : des milliers de logements sont construits, une zone industrielle est créée, et l'aéronautique devient l'activité phare du secteur.

Les bâtiments de l'ancienne verrerie, eux, sont progressivement laissés à l'abandon — des photographies de 1980 conservées aux Archives municipales les montrent à l'abandon, leurs vieux commerces désaffectés. Le site est entièrement rasé au milieu des années 1980 (en 1985 selon l'Association des Vieilles Familles Boccassiennes, en 1986 selon l'inventaire du fonds Jourdan) pour laisser place à un vaste ensemble immobilier mêlant logements sociaux, maison de retraite et résidence de vacances. De l'usine de Joseph Barthélémy, il ne reste aujourd'hui aucun mur.

Aujourd'hui

La Verrerie aujourd'hui

Il reste les noms — et ils disent tout. Le secteur s'appelle toujours la Verrerie ; une rue de la Verrerie le traverse, à deux pas de l'église Sainte-Marguerite près de laquelle s'élevaient les fours. La rue Barthélémy honore le fondateur — dès 1909, une délibération municipale donnait son nom à une avenue du quartier — et un square Barthélémy porte une plaque commémorative en son honneur. La médiathèque municipale, rue Marco del Ponte — du nom de la bienfaitrice qui fit bâtir l'église — s'appelle elle aussi médiathèque de la Verrerie.

La mémoire vivante de l'usine, c'est surtout une fête. À la mort de Joseph Barthélémy, patron aimé de ses ouvriers, ceux-ci choisissent de célébrer la fête du quartier le 24 août, jour de la Saint-Barthélémy — rapprochant avec humour le nom de leur employeur de celui du saint apôtre. Sur la maison des ouvriers — la seconde, la première ayant été détruite par un incendie —, ils firent apposer une plaque dont les archives ont conservé le texte exact : « À la mémoire de Joseph Barthélémy, fondateur de la verrerie de La Bocca. Les ouvriers reconnaissants. 24 août 1879. » Cette Saint-Barthélémy boccassienne se célèbre encore chaque été : messe à l'église Sainte-Marguerite, festivités, et dépôt d'une gerbe devant la plaque du square Barthélémy. Le projet documentaire Les Mémoires Boccassiennes relève même, dans les registres de naissance des années 1877-1888, une abondance singulière de petits Joseph, Joséphine et Barthélémy — ultime hommage, peut-être, des familles ouvrières à leur patron.

Le quartier est devenu ce que le XXᵉ siècle a fait de beaucoup de faubourgs industriels : un quartier résidentiel, avec ses écoles, ses commerces et sa vie propre, entre la plaine de la Siagne et la mer. Son histoire est entretenue par les associations de mémoire boccassiennes et par les Archives municipales, dont l'exposition virtuelle « La Bocca, un quartier ouvrier » constitue la meilleure porte d'entrée. C'est dans ce quartier, rue de la Verrerie précisément, que se trouve la Résidence La Palme d'Azur Cannes Verrerie, qui publie cette page.

Références

Sources et archives

Cette page ne contient que des faits établis par les sources ci-dessous ; les dates divergentes (fermeture en 1898 ou 1899, démolition en 1985 ou 1986) sont signalées dans le texte.

Archives et inventaires

Études et travaux

  • Laurence Serra, Le verre comme mode d'emballage en Provence à l'époque moderne et contemporaine : industrie, productions, commerce (1720-1920), thèse de doctorat, dir. Danièle Foy, Aix-Marseille 1, 2011.
  • Franck Poglio, La verrerie de la Bocca au XIXᵉ siècle, consultable aux Archives municipales de Cannes, cote BH263.
  • Louis Jourdan, « Notes sur les verreries en Provence au XIXᵉ siècle », Annales de la Société scientifique et littéraire de Cannes, tome IX, 1938.
  • Paul Vouland, Étude de toponymie régionale, 2010 — sur l'origine du nom de La Bocca : probablement une « hauteur », d'après les formes anciennes de 1369, et non une « embouchure ».

Mémoire locale

Les originaux sont consultables aux Archives municipales de Cannes (Villa Montrose) et aux Archives départementales des Alpes-Maritimes ; la presse ancienne numérisée (Gallica, RetroNews) reste à dépouiller sur ce sujet. Si vous détenez photographies, cartes postales ou souvenirs de famille liés à la Verrerie, archives publiques et associations de mémoire les accueillent volontiers.